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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 16:35

  • Auteur : Annelise Heurtier
  • Broché: 217 pages
  • Editeur : Casterman (29 mars 2013)
  • Collection : ROMANS GRAND FO
Description de l’ouvrage :
Extrait
Mai 1954

Ms Carter jeta un regard circulaire dans la classe. C'était une petite femme gironde, au regard clair et pénétrant, qui enseignait au lycée Horace-Mann depuis une dizaine d'années. Elle demanda :
- Alors ? Est-ce que l'un d'entre vous souhaite se porter volontaire ?
Personne ne répondit. Une mouche entra par la fenêtre ouverte et fila droit sur le professeur, qui la chassa d'un mouvement de bras.
Après quelques secondes d'attente, Ms Carter rassembla les feuilles étalées devant elle et les classa dans une chemise de carton gris.
- Très bien. Alors passons à autre chose.
La mouche revint zigzaguer autour des cheveux du professeur, avant de se poser sur un coin de son bureau.
C'est à ce moment-là que Molly Costello sentit son bras se lever. D'abord doucement, puis plus sûrement, jusqu'à ce qu'il atteigne sa position définitive, l'index pointé vers le plafond décrépi.
Ms Carter, occupée à distribuer des polycopiés, ne la repéra pas tout de suite. C'est Trevor Forman, un redoublant de treize ans, qui le lui fit remarquer :
- Hey, Molly, t'es cinglée ou tu veux juste signaler que le plafond est complètement pourri ?
Quelques rires fusèrent et Ms Carter fit volte-face, laissant tomber ses lunettes sur sa blouse amidonnée. Elle lança à la jeune fille un regard interrogateur :
- Oui, Molly ? Que se passe-t-il ?
- Je suis d'accord.
- D'accord pour quoi ?
- Pour tenter l'expérience.
Ms Carter s'immobilisa. Les sourcils froncés, elle fixait Molly, qui eut du mal à interpréter son comportement. Surprise ? Fierté ? Inquiétude ou désapprobation ?
- Tu en es bien sûre ?
Molly hocha la tête, sous l'oeil médusé de ses camarades. À ses côtés, son amie Suzanna chuchota :
- T'es pas sérieuse ? Tu vas pas faire ça ?
Molly haussa les épaules. Après tout, elle ne risquait pas grand-chose. Entre une décision de justice et la réalité, il y avait un monde à traverser.
Et puis, qui sait ? Si jamais ça se produisait, c'était quand même un truc à ne pas laisser passer.
Biographie de l'auteur :
Quand Annelise Heurtier était une fringante ado (sans rides, sans chef et sans enfants !), elle partageait son temps entre les compétitions de gymnastique, le lycée et les bouquins. Elle lisait à peu près tout ce qui me tombait sous la main ! Maintenant qu'elle est une raisonnable maman de trente-quatre ans, elle se sent bien trop vieille pour jouer les aventurières sur une poutre, alors, en plus de continuer à lire, elle s'est mise à écrire ! Et le plus fou, c'est que ça a marché, la preuve, vous venez de terminer un de ses romans. Prêt à recommencer ?

Annelise Heurtier signe avec Sweet Sixteen, après Le Carnet rouge et La Fille aux cheveux d'encre, son troisième roman chez Casterman. Elle habite à Papeete, en Polynésie française.
Cf : Amazon.fr
Mon avis :
Annelise Heurtier nous emmène en 1957 à Little Rock dans l'Arkansas où la ségrégation bat son plein. Cette année là, la ségrégation dans les écoles est abolie et le maire doit intégrer 9 Afro-Américains dans un lycée avant réservé exclusivement aux Blancs. Le gouverneur s'en mêla tout comme la garde nationale puis le président Eisenhower lui-même qui envoya l'armée pour assurer la sécurité de ces 9 élèves.
Constamment harcelés, les neuf élèves se voient affecter chacun un militaire de la 101e comme garde du corps. Ils seront baptisés "les neuf de Little Rock".
Ce que l’auteur nous montre dans ce roman est d’une importance capitale selon moi. Nous connaissons tous le pasteur Martin Luth King Jr, Rosa Parks et leur lutte pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-Américains surtout dans les états du sud des Etats-Unis. En revanche, peu de personnes connaissent ces 9 adolescents qui par leur courage et leur abnégation ont, pendant un an, étaient à l’école avec la peur et le harcèlement quotidien tout cela pour faire respecter la loi qui disait que les Noirs et les Blancs avaient le droit d’être éduqués dans les mêmes écoles. C’est leur courage qui est pointé ici, leur force mentale et j’avoue avoir beaucoup d’admiration pour eux car je ne pense pas que j’aurais été capable de subir autant de pression à l’école et en dehors avec des intimidations très violentes.
Il est à noter que l’auteur décrit également le malaise chez certains Blancs via le personnage de Grace qui se questionnent sur la ségrégation qui sévit dans le sud et ceci grâce à la double narration.
C’est la double narration qui, selon moi, donne le plus de force à ce roman. Les deux jeunes filles nous montrent les idées, les envies et l’incompréhension de part et d’autre des deux communautés. Leurs émotions filtrent page après page, happés par les réalités historiques bouleversantes. Elles rendent compte de plusieurs anecdotes du quotidien qui amènent le lecteur à réfléchir (par exemple : le domestique noir présent à une réception mais qui paraît pourtant complètement invisible).
Le terme « Sweet sixteen » désigne le passage à l’âge adulte ce qu’illustre parfaitement ce récit.
Annelise Heurtier brosse un portrait de l’Arkansas des années 1950 et plus largement de l’Amérique sudiste. Rosa Parks est déjà montée dans le bus et le pasteur Martin Luther King Jr va bientôt intervenir. La lutte pour les droits civiques est en marche et ne s’arrêtera plus. Molly (prénom ré-inventé) en fera également partie.

Sweet sixteen
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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 12:30
  • Auteur : Ruta Sepetys
  • Poche: 448 pages
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (17 octobre 2013)
  • Collection : Scripto

Biographie de l'auteur :

Ruta Sepetys est née dans le Michigan où elle a été élevée dans l'amour de la musique et des livres par une famille d'artistes. Elle étudie la finance internationale et vit quelque temps en Europe (Paris). Puis elle part pour Los Angeles afin de travailler dans l'industrie de la musique. Aujourd'hui mariée, elle vit dans le Tennessee, à Nashville, avec sa famille.

Description de l’ouvrage :

Années 50 à La Nouvelle-Orléans. Josie Moraine, dix-sept ans, n'a pas tiré le gros lot. Fille d'une prostituée qui n'a rien d'une mère attentionnée, elle grandit dans une maison clause du Quartier français, celui de la mafia, des affaires louches et des gens sans avenir. Pourtant, Josie a un rêve : quitter cette ville, surnommée « The Big Easy » et pourtant si peu « easy », pour entrer à Smith, prestigieuse université du Massachusetts. Impliquée dans une histoire de meurtre, dépouillée par sa mère et endettée, tout pousse la jeune fille à suivre, elle aussi, la voie de l'argent facile. Mais Jo vaut mieux que cela... et ceux qui l'aiment le savent bien.

Cf : amazon.fr

Mon avis :

L’action se passe dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans en 1950 de janvier à février (Mardi gras).

Nous sommes dans l’Amérique sudiste post Seconde Guerre Mondiale : elle s’ouvre à l’âge d’or et aux rêves de l’American way of life.

Nous suivons Josie « Jo » Moraine fille d’une prostituée fantasque et irresponsable ayant grandi sans père dans des maisons closes notamment celle de Willie qui est devenue au fil du temps sa protectrice.

Cernée par la mafia locale, l’alcool, la dépravation, la criminalité, Jo aiguise son intelligence et son sens accru de la répartie dans la librairie de Charles Marlowe où elle se réfugie depuis ses 8 ans et y travaille à mi-temps. C’est son havre de paix, sa bulle d’air où elle peut lire tout ce qu’elle veut. C’est avec les livres et l’intelligence comme armes que Jo veut se sortir du déterminisme social dans lequel elle semble engluée. Ainsi rêve-t-elle d’étudier à la prestigieuse université de Smith dans le Massachusetts, quitter la ville et se libérer de l’emprise de sa mère. Malheureusement, c’est à cause d’elle et de son petit ami gangster Cincinnati que les choses vont mal tourner pour Josie qui se retrouve engluée involontairement dans une histoire de meurtre.

En plus de Jo et ses « amis », la force du roman réside dans le quartier français qui est l’un des acteurs principaux de l’ouvrage.

L’auteur imprègne son roman de l’atmosphère si particulière de la Nouvelle-Orleans et de ce quartier à l’ambiance feutrée des maisons closes où le climat goguenard et gouailleur.

L’histoire nous plonge dans une action haletante avec un suspense redoutable ; l’intrigue est extrêmement bien ficelée avec des personnages ambigus noircissant encore plus l’action et ses rebondissements et l’ambiance déjà terrifiante de ce quartier. L’engrenage, dans lequel Josie est prise, semble inextricable.

La lecture de ce roman m’a fait écho au film « La fureur de vivre » et particulièrement au personnage de Jim Stark car les thèmes abordés sont semblables : l’éclatement de la cellule familiale, le deuil de l’enfance, la responsabilité des adultes déficients et une jeunesse en crise.

Big Easy
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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 08:06

  • Auteur : Annelise Heurtier
  • Broché: 217 pages
  • Editeur : Casterman (29 mars 2013)
  • Collection : ROMANS GRAND FO
Description de l’ouvrage :
Extrait
Mai 1954

Ms Carter jeta un regard circulaire dans la classe. C'était une petite femme gironde, au regard clair et pénétrant, qui enseignait au lycée Horace-Mann depuis une dizaine d'années. Elle demanda :
- Alors ? Est-ce que l'un d'entre vous souhaite se porter volontaire ?
Personne ne répondit. Une mouche entra par la fenêtre ouverte et fila droit sur le professeur, qui la chassa d'un mouvement de bras.
Après quelques secondes d'attente, Ms Carter rassembla les feuilles étalées devant elle et les classa dans une chemise de carton gris.
- Très bien. Alors passons à autre chose.
La mouche revint zigzaguer autour des cheveux du professeur, avant de se poser sur un coin de son bureau.
C'est à ce moment-là que Molly Costello sentit son bras se lever. D'abord doucement, puis plus sûrement, jusqu'à ce qu'il atteigne sa position définitive, l'index pointé vers le plafond décrépi.
Ms Carter, occupée à distribuer des polycopiés, ne la repéra pas tout de suite. C'est Trevor Forman, un redoublant de treize ans, qui le lui fit remarquer :
- Hey, Molly, t'es cinglée ou tu veux juste signaler que le plafond est complètement pourri ?
Quelques rires fusèrent et Ms Carter fit volte-face, laissant tomber ses lunettes sur sa blouse amidonnée. Elle lança à la jeune fille un regard interrogateur :
- Oui, Molly ? Que se passe-t-il ?
- Je suis d'accord.
- D'accord pour quoi ?
- Pour tenter l'expérience.
Ms Carter s'immobilisa. Les sourcils froncés, elle fixait Molly, qui eut du mal à interpréter son comportement. Surprise ? Fierté ? Inquiétude ou désapprobation ?
- Tu en es bien sûre ?
Molly hocha la tête, sous l'oeil médusé de ses camarades. À ses côtés, son amie Suzanna chuchota :
- T'es pas sérieuse ? Tu vas pas faire ça ?
Molly haussa les épaules. Après tout, elle ne risquait pas grand-chose. Entre une décision de justice et la réalité, il y avait un monde à traverser.
Et puis, qui sait ? Si jamais ça se produisait, c'était quand même un truc à ne pas laisser passer.
Biographie de l'auteur :
Quand Annelise Heurtier était une fringante ado (sans rides, sans chef et sans enfants !), elle partageait son temps entre les compétitions de gymnastique, le lycée et les bouquins. Elle lisait à peu près tout ce qui me tombait sous la main ! Maintenant qu'elle est une raisonnable maman de trente-quatre ans, elle se sent bien trop vieille pour jouer les aventurières sur une poutre, alors, en plus de continuer à lire, elle s'est mise à écrire ! Et le plus fou, c'est que ça a marché, la preuve, vous venez de terminer un de ses romans. Prêt à recommencer ?

Annelise Heurtier signe avec Sweet Sixteen, après Le Carnet rouge et La Fille aux cheveux d'encre, son troisième roman chez Casterman. Elle habite à Papeete, en Polynésie française.
Cf : Amazon.fr
Mon avis :
Annelise Heurtier nous emmène en 1957 à Little Rock dans l'Arkansas où la ségrégation bat son plein. Cette année là, la ségrégation dans les écoles est abolie et le maire doit intégrer 9 Afro-Américains dans un lycée avant réservé exclusivement aux Blancs. Le gouverneur s'en mêla tout comme la garde nationale puis le président Eisenhower lui-même qui envoya l'armée pour assurer la sécurité de ces 9 élèves.
Constamment harcelés, les neuf élèves se voient affecter chacun un militaire de la 101e comme garde du corps. Ils seront baptisés "les neuf de Little Rock".
Ce que l’auteur nous montre dans ce roman est d’une importance capitale selon moi. Nous connaissons tous le pasteur Martin Luth King Jr, Rosa Parks et leur lutte pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-Américains surtout dans les états du sud des Etats-Unis. En revanche, peu de personnes connaissent ces 9 adolescents qui par leur courage et leur abnégation ont, pendant un an, étaient à l’école avec la peur et le harcèlement quotidien tout cela pour faire respecter la loi qui disait que les Noirs et les Blancs avaient le droit d’être éduqués dans les mêmes écoles. C’est leur courage qui est pointé ici, leur force mentale et j’avoue avoir beaucoup d’admiration pour eux car je ne pense pas que j’aurais été capable de subir autant de pression à l’école et en dehors avec des intimidations très violentes.
Il est à noter que l’auteur décrit également le malaise chez certains Blancs via le personnage de Grace qui se questionnent sur la ségrégation qui sévit dans le sud et ceci grâce à la double narration.
C’est la double narration qui, selon moi, donne le plus de force à ce roman. Les deux jeunes filles nous montrent les idées, les envies et l’incompréhension de part et d’autre des deux communautés. Leurs émotions filtrent page après page, happés par les réalités historiques bouleversantes. Elles rendent compte de plusieurs anecdotes du quotidien qui amènent le lecteur à réfléchir (par exemple : le domestique noir présent à une réception mais qui paraît pourtant complètement invisible).
Annelise Heurtier brosse un portrait de l’Arkansas des années 1950 et plus largement de l’Amérique sudiste. Rosa Parks est déjà montée dans le bus et le pasteur Martin Luther King Jr va bientôt intervenir. La lutte pour les droits civiques est en marche et ne s’arrêtera plus. Molly (prénom ré-inventé) en fera également partie.

Sweet sixteen
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